La larme au vent.

Et la rage au ventre. On a beau se dire qu’on se relève, que cette larme qui s’envole est la dernière à partir sur une bise, on finit toujours par en voir d’autres la suivre. Souvent des journées, des années plus tard. Un choc, une sorte de pulsion artériel qui secoue le bas-ventre, fait frémir les intestins et crée une boule semblable à une chape de plomb sur l’estomac.

Tout est prétexte à ne pas pouvoir refermer une blessure que l’on aime. Oui, on aime certaines blessures, car on aime encore leur objet, on aime encore le transport que l’on a connu, on aime encore la clarté dans laquelle on vivait, on aime encore tant de choses de cette blessure. Son goût, son odeur, son inachevé, sa chaleur, et sa certitude. Toutes ces raisons envolées, et ce que l’on aime par dessus tout, c’est d’espérer pouvoir les rattraper, les récupérer, les enfermer dans une petite boîte avec ses larmes, pour que plus jamais elles ne partent au vent.

C’est un vœu pieu, puisque notre cœur commandant, nous n’aurons envie que d’une chose : chérir nos raisons, nos précieuses raisons, notre objet de blessure. De pleurer, enfin de joie, enfin pour une raison appréciable, délectable. Et si le transport est devenu bancal, on s’improvisera cheminot. Si l’horloge du temps est brisée, que l’on n’arrive pas à récupérer ce temps qui a fuit, on s’improvisera horloger. Et on en pleurera de joie, persuadé d’avoir réussi, et de nouvelles bises emporterons gaiement ces dernières larmes. Les dernières de cette blessure, l’été chantant, adoucissant la vie, adoucissant l’envie, et faisant planer une esquisse de bonheur retrouvé, une madeleine fraîche et moelleuse.

Mais l’hiver brise ce rêve, nous ramène à cette réalité cruelle et terrible. On n’arrive pas à briser ce cercle, et cet amour de la douleur, de cette blessure que l’on chérit encore. alors, on erre, on brûle, on essaie de pleurer en silence, goutte ravalée après goutte niée. Et puis au détour d’une balade, d’un mot, d’une odeur, elle revient. La dernière larme, seule, à la traîne, qui irrite l’œil et fait flamber le cœur, un acide qui coule sur une joue. Et on repense à tout, de nouveau, mais une dernière fois, cette fois ci c’est sûr. Et une bise l’emporte, douce et attentionnée. On lui sourit, convaincu que c’est fini cette fois. Qu’on est libérée de ce plaisir coupable.

Elle se dandine, elle nous dit adieu. Parce qu’avant de revenir, elle veut être sûr que quelqu’un aura su prendre soin de nous. Avant un nouveau tour de manège dans notre gorge nouée, notre cœur brisé et notre joue marquée.

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