Décousu.

C’est un voyage. En Enfer. C’est une histoire commune finalement, celle du mauvais côté de la pièce. Mais il n’y a que le Paradis, tant espéré par les gens, qui permet de traverser la ligne, immaculée, hérissée de barbelés, infranchissable, et pourtant bordée d’ossements de ceux qui se sont épuisés à vouloir la sauter. Et je vous préviens, il n’existe pas.

Ce voyage, celui au sein de l’horreur, celui qui est créé par la fatalité, le désabus, le sentiment d’impuissance. Ceux qui font balbutier, qui font hésiter, qui font bégayer ta vie, ton avenir éteint sous de longs nuages anthracites. Qui annoncent un orage que tu n’vois jamais, car ce n’est que pire chaque moment de ta vie, mais ça n’est jamais le pire.

Cet avenir voilé, brisé, tu luttes pour le changer chaque jour, enfermé dans cette prison que représente ton esprit. Ton corps, qui décrépit à vue d’œil, que tu ne supportes plus. Et tu t’y enfermes toi-même, plus tu échoues, plus tu y prends du plaisir. Tu te rends compte de toutes ces déceptions, toutes ces occasions gâchées, qui constituent ta couche lorsque même les étoiles te rendent nostalgiques, tes rêves, et les premières images de ta journée.

Ces femmes, ces hommes, qui ne comprennent pas qu’ils t’ont trahi, qu’ils t’ont fait souffrir avec toutes ses épines glissées dans tes muscles, insidieusement. Sans que tu ne te rappelles même le nombre de fois. Tu craques, chaque fois pensant que tu ne pourras plus.

Tu frappes, tu cries, tu hurles, tu enrages, tu agis, tu bouges, tu te démènes. Et pour rien, car tu l’sais, même si le monde ne le voit pas, toi tu le sais, tu le sais que tu n’as aucune emprise sur la vie. Sur ta vie, dictée par les autres. Ta force de caractère, étiolée à force de te battre contre des chimères, à force de te battre pour des utopies, à force de te négliger. Et à force de te sentir, te savoir trahi.

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Tu as déjà essayé de ne plus lutter. Tu regardais, tu épiais. Tu sondais. Tu planifiais. Ta première action malfaisante, et tu t’imaginais libéré. Tu te disais que tu avais le droit, après tout, tu vis en Enfer. Et en Enfer, on ne gagne qu’en étant un diable. Tu n’y as jamais cru à ce mensonge, Enfer et Paradis. Tu sais qu’après être né dans cet environnement hostile et malsain, qu’on appelle la vie sur Terre, tu nourriras les vers, les cloportes et autres scarabées. Tu ne seras plus là pour avoir une incidence, sur ton Enfer, mais là tu sauras pourquoi. Tu ne pourras pas essayer.

T’as arrêté, tu t’es remis à lutter, à faire le maximum pour rendre vivable ton Enfer. T’y crois mine de rien, même quand elle ne veut pas voir la vérité, même quand tout s’effondre, tu y crois. Surtout quand tout s’effondre. Surtout quand les raisons fallacieuses s’égrènent de sa bouche pour se déverser dans tes oreilles, et te noyer de paroles mesquines, fausses et blessantes. Tu continues à y croire, tu continues à lutter, à te dire que ton avenir existe, même à ton âge, même à ton stade.

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Tu es lui, tu es elle, tu es seul. Perdu. Abandonné. Tu as déjà eu la preuve, quelques semaines sans exister n’a choqué personne. Tu attends du coup. Patiemment. La seule divinité qui existe, implacable et infaillible. La Mort.

Tu l’appelles de tes vœux, surtout quand sa voix haute, douce, qui fait battre ton cœur comme un tambour de guerre, te débite encore d’autre mots mesquins. Tu la réclames quand ton esprit ne s’arrête jamais, quand tu réfléchis à tellement d’horreurs en même temps que tu ne peux plus demeurer sain, vif, et que tu sens tout tourner et tomber autour de toi. Oh oui, tu la demandes, mais tu sais que tu as pavé le chemin pour elle, que tous ses échecs, toute cette impuissance ressentie, et que les autres ne voient pas, ne comprennent pas, par manque de lucidité, que tout a contribué à paver.

Tu penses à tout ça pendant qu’elle cherche une nouvelle excuse irrecevable à sa couardise, à son manque de prise de risque, à sa lâcheté.

Tu penses à tout ça pour te bercer, lorsqu’à trois heures du matin, tu sais que tu devras reporter ce que tu dois faire avec urgence le lendemain matin. Tu penses à tout ça quand tu vois retrait indisponible. Quand tu restes devant ta feuille blanche, vierge, et vide, comme ton avenir.

Et tu rages de nouveau, tu aimerais leur ouvrir le crâne à tous, avec leurs mots mielleux, leurs paroles lâches, leur manque de couilles, eux qui n’assument pas leurs faiblesses et ne veulent pas les combattre. Alors que tu passes ta vie à le faire.

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Tu pourrais être n’importe lequel de ces mômes abandonnés et délaissés par la société. Moi. Lui. Elle. Peu importe. Tu sens, ton corps est glacial, tout le temps. Tu es cynique à outrance. Même ta bile ne veut plus rester là. Tu sais que tout va arriver maintenant, la fin est proche. Et tu en es heureux, joyeux de voir que ton calvaire va bientôt se terminer.

Embellis ta dernière danse. Elle est psychotique. Elle est cruelle. Froide, saccadée, endiablée. Elle est l’apothéose de tout ce que ton corps a voulu exprimer, que ta tête a voulu trier, mais que la vie t’as refusé. Cette danse avec le Mal, cette danse avec cette vie bien trop encensée. C’est la dernière.

Lutte et résiste, c’est tout ce qu’il t’a toujours resté, et finis tout ça de la plus belle des manières. Libre de tes actes, à défaut d’être libre de ta vie.

*Insérer ici une onomatopée de noyade*

Quasiment une semaine de mauvais rêves, de mauvaises nouvelles, et de mauvais souvenirs. Raison de mon absence, et raison de cet article.

J’ai été bercé pendant une semaine par la Mort. La vraie. Et vous savez c’que ça donne quand on est bercé par la Mort ? Bah on ne dort pas, on tombe d’épuisement, sans se reposer le peu de temps où on dort.

Ca a commencé par l’arrivée d’une date défunte, exclue, qui aurait dû tomber aux oubliettes. Une date qui représentait l’accomplissement d’une vie, le but absolu du couple, la personnification de son amour. Cette date approchant à grands pas, alors qu’elle n’a plus lieu d’être, m’a perturbé dans mon sommeil, sans que je ne le veuille. Et a commencé à gâter le fruit tout frais et propre que je tiens entre mes mains.

Ces rêves dont je vous parle, ces mauvais rêves, sont de la catégorie de ceux qui permettent de voir la vérité, d’interpréter notre avenir. Je ne parle pas ici de rêves prémonitoires, je parle de rêves réalistes, qui relatent un futur plausible, un passé nostalgique, un présent surréaliste. Ces rêves sont de ceux qui laissent un arrière-goût métallique lors du réveil, et pas seulement à cause du sang qui coule le long de la lèvre.
Ils m’ont montré un reflet d’une vie que j’allais avoir, qui m’a échappé comme une vapeur qu’un enfant de 5 ans essaie de rattraper avec ses petites mains potelées. Et le plus douloureux, c’est que ces souvenirs avec le goût de miel, mais l’arrière-goût de fiel, un poison mental insidieux. Et quand on sait que tout ce qui reste aux jeunes de mon âge, c’est la capacité à rêver, c’est triste. Il nous reste que le rêve, et il est douloureux car ce n’est plus un objectif mais un regret.

A cela s’est ajoutée la mort physique, l’anniversaire (Dieu que je hais utiliser ce mot pour ce genre d’évènement) du décès d’un ami. Et l’ombre de la mort, après des nouvelles peu réjouissante d’êtres chers. A cela se rajoute mon état personnel. Une amie a décidé d’arrêter de me parler du jour au lendemain, appréciant apparemment très peu mon insistance à l’empêcher de faire une connerie. Rien n’à changé pour moi à son égard, mais la mort d’une relation est toujours compliquée, j’espère donc me tromper.

La mort des idées, qui est omniprésente dans cette société, signifie la mort de la vie. On en est là, à espérer survivre à notre destin. On en est là, jeunes désabusés, dépressifs, sacrifiées par la société. Pour la plupart chômeurs, sans perspectives d’avenir, et avec une sensibilité artistique hors du commun, mais brimée… On veut laisser une trace parce que la société veut nous effacer, tout en sachant qu’on ne va pas rester très longtemps présent, tourmenté par l’envie d’être éternel.

Pourquoi.

2015, année zéro. Début le 6 janvier.
D’abord le vide de l’incompréhension, puis le feu de la rage. J’allais m’en sortir, j’avais tout bâti autour d’un projet commun. Trois mots suffisent pour tout réduire en cendre. Ardor.
Ardor, elle qui m’a consumé pendant 11 longues années, affectus qui s’est alliée à libido, tout ça envolé, tout en cendres. Ne restait que des possibles, des aurait-pu, mais plus de concret.

L’illusion est dans la cornée, elle est dans l’esprit, mais elle n’est pas saine. On m’a bercé avec. J’ai contenu, pour faire un chemin que je croyais vital, toute la rage, la haine et la force que j’avais en moi. Tout ce qui fait qu’on se sait vivant. Et j’ai dû patienter, chercher, seul dans l’ombre, la vérité. Umbra.

Umbra est la manière dont je vis, la manière dont mon coeur s’est construit, la couleur de mon âme. C’est une force, je l’utilise maintenant, et c’est beau. Je suis intrinsèquement né pour briller, c’est écrit, c’est le principe même de l’ombre. Ô joie !
Et ces révélations, elles m’ont permis ce nouveau départ, de tirer un trait sur ces années de mort, ces années de fuite spirituel, de fuite psychique, ces années d’oubli. Il y a eu deux points de départ : la vérité, enfin dite, et la question suis-je en vie ?

Je suis né, je suis en vie. C’est le dernier jour de ma nouvelle vie. Enfin. Et ce n’est pas 6 janvier, mais un chaud jour d’été. 30 juin 2015. Ardor et umbra. J’accable et on me rêve.